Remontons le temps : pourquoi supprimer les DRM ?

Je le croyais disparu à tout jamais mon ancien blog « ex-elibris », c’était compter sans l’Internet Archive qui, grâce à sa « Wayback Machine » nous permet de remonter le temps. Je me fais un petit plaisir et ressuscite ici l’un des articles publiés en 2010, avec ses commentaires d’origine intacts, d’autant plus que, comme le signale Julien Boulnois sur twitter (ça va Julien, le constat ne t’afflige pas trop ?), c’est (hélas) toujours d’actualité 6 ans plus tard.

Sans plus tarder donc, en direct des archives, nous nous posons la question :

Pourquoi enlever les DRM ?

Cet article a été publié la première fois en février 2010 sur le blog ex-elibris.fr

Suite à mon article sur l’abandon du DRM par les éditeurs suédois, la question s’est posée de savoir pourquoi un client légitime voudrait enlever les DRM. C’est une bonne question et j’ai l’impression que parfois, certains font l’amalgame un peu facile « refus des DRM = Pirate ». Et si il ne s’agissait pas du tout de cela ?

Les lecteurs contre les DRM Illustration de Nina Paley publiée sous le statut de Creative Commons (https://readersbillofrights.info)
Les lecteurs contre les DRM Illustration de Nina Paley publiée sous le statut de Creative Commons (https://readersbillofrights.info)

Que sont les DRM ?

D’abord, que sont les DRM ? DRM signifie « Digital Rights Management », « Gestion des Droits Numériques » (ou, selon certains, « Digital Restrictions Management », « Gestion des Restrictions Numériques »). Ce sont en gros des verrous numériques qui empêchent l’accès à un fichier numérique sauf sous certaines conditions : connexion au serveur des DRM sur un compte autorisé, identification du lecteur comme étant l’acheteur du fichier, transfert du fichier uniquement sur un terminal autorisé sur le compte…

Il y a plusieurs systèmes de DRM (incompatibles entre eux). Pour les livres numériques, le système de Mobipocket (racheté par Amazon) est parmi les plus anciens encore en service, mais impose une clause d’exclusivité : une liseuse qui supporte les DRM Mobipocket ne peut supporter de DRM concurrent. Les fichiers ePub utilisent souvent le système d’Adobe, baptisé « Adept ».

Bien, pourquoi donc vouloir les enlever des fichiers que l’on a achetés, de façon tout à fait légitime ?

Une première réponse à la question arrive dans les commentaires encore, donnée par « EowynCarter », qui énumère les raisons suivantes :

Raison 1 : Conversion de format. Je suis passé d’une liseuse mobi [format Mobipocket, ndlr] a une liseuse ePub, heureusement que j’ai pu enlever les drm.

 

Raison 2 : Certain OS ne lisent pas les fichier DRM (linux ou android par exemple).

 

Raison 3 : Ne pas avoir à se prendre la tête avec les activations. Ne pas se soucier de savoir si ADE [Adobe Digital Editions, application qui permet la lecture de fichiers avec DRM Adobe, ndlr] existera toujours dans X années, tout ça. Les fichiers sans DRM, ça marche, tout simplement.

Voilà que que veux l’utilisateur, lire son livre sans contrainte, sans les galères et soucis occasionnés par les DRM.

Je ne peux qu’être d’accord, et à ces raisons j’en rajoute d’autres :

Raison 4 : Vouloir s’assurer l’accès à sa bibliothèque numérique, même si le distributeur des DRM disparaît (on ne les compte plus…) ou coupe l’accès pour une quelconque raison (comme l’a fait Overdrive récemment pour la librairie numérique Fictionwise).

 

Raison 5 : Vouloir s’assurer l’accès à sa bibliothèque, même si l’on change d’ordinateur ou réinstalle son système. J’ai dû réinstaller mon système après un gros plantage de Windows. C’est seulement ensuite que j’ai découvert que mon installation du Windows Reader a été réinitialisée avec un nouvel identifiant. Je ne peux plus ouvrir mes livres au format .lit avec DRM stockés sur mon disque dur, et je n’ai pas non plus accès au téléchargement depuis mon compte en ligne. Et comme je n’arrive pas à retrouver le login pour mon compte passeport (que j’ai dû créer exprès pour acheter des fichiers .lit, et ne plus jamais ouvrir…) pour « ré-activer » mon installation de MS Reader, pas moyen de régler le problème. En gros, ces livres ne me seraient plus accessibles, et tant pis pour moi si il y en a certains que je n’ai pas encore lus… Je les ai pourtant achetés, mais si je n’avais pas enlevé les DRM de suite (en l’occurrence, pour pouvoir les convertir vers le format supporté par ma liseuse, donc Raison 1), je ne pourrais pas les lire.

 

Raison 6 : les DRM coûtent cher ! Et ce coût est forcément répercuté sur le prix de vente du livre. Ça veut dire, soit des livres plus chers à l’achat, soit moins d’argent pour les créateurs de contenu. Je ne vois pas bien l’intérêt de payer cher quelque chose qui ne sert à rien…

Les DRM sont présentés comme un moyen de limiter les copies illicites diffusées en ligne. En réalité, si on a les compétences techniques pour envoyer un fichier sur un réseau de partage, on a également les compétences techniques pour enlever les DRM. Il suffit de quelques secondes et l’on n’a pas besoin d’être un hacker invétéré (pas même un hacker novice). Les DRM servent bien plus à verrouiller l’accès au contenu et rendre captifs les clients qui ne sont pas suffisamment à l’aise avec l’informatique pour apprendre à les contourner ; si l’on sait qu’acheter une liseuse de marque différente rendra impossible la lecture de sa bibliothèque de livres achetés (souvent chers), on y pense à deux fois avant… ou, souvent, on apprend à les « libérer ».

Certains disent de manière imagée qu’imposer des DRM équivaut à exiger que tel livre soit lu dans un fauteuil spécifique (même si celui-là vous fait mal au dos, et vous préférez le vôtre), à la lumière d’une ampoule propriétaire (et le jour où elle grillera, tant pis si vous n’avez pas terminé), en portant des lunettes propriétaires avec une correction imposée (même si l’on a une vue parfaite). Est-ce que cela semble raisonnable ? J’ai intitulé cet article « Pourquoi enlever les DRM ? » mais je crois que « Pourquoi abolir les DRM ? » aurait convenu tout autant…

L’industrie de la musique a fini par comprendre que les DRM ne font qu’embêter ses clients légitimes (car aucun fichier « piraté » n’a de DRM…), ceux justement qu’il faudrait encourager. Résultat, quasiment toutes les plateformes légales vendent désormais des mp3 sans verrous. Mais ils ont mis des années avant de le comprendre, et entretemps c’est le public qui a payé les pots cassés. On ne peux qu’espérer que les éditeurs tireront la leçon de l’expérience de ceux qui ont emprunté ce chemin avant eux, et se passeront plus vite des DRM.

Vous avez peut-être d’autres raisons pour enlever les DRM, que je n’ai pas citées (auxquelles je n’ai peut-être pas pensé). N’hésitez pas à les poster dans les commentaires.

Suite aux commentaires :

Raison 7 signalée par Nicolas : pour intervenir sur la mise en forme du livre ou pour en corriger les coquilles. Le livre numérique étant encore plus ou moins à ses débuts, ces dernières sont malheureusement plus nombreuses que dans les livres papiers, en raison de la méthode employée parfois pour se procurer le texte source : il s’agît de scanner un exemplaire papier, puis de passer les images obtenues par une application de reconnaissance optique de caractères (OCR). Ces applications ne sont pas infaillibles, et si le texte n’est pas soigneusement relu avant publication on retrouve des fautes caractéristiques. Quant à la mise en forme, de façon similaire, si le ebook n’est pas correctement présenté pour un petit écran, ou simplement si la mise en forme n’est pas très soignée, la lecture en devient pénible. Le lecteur intrépide peut corriger ces défauts, mais… uniquement sur un fichier sans drm.

 

Raison 8 proposée par jctergal : par conviction, tout simplement. Et il ajoute que dans ce cas-là, le mieux est encore de ne jamais acheter de livre verrouillé… car on pourrait passer sa vie entière à lire uniquement des livres qui sont dans le domaine public.

Rajouté le 3 mars 2010 : je viens de tomber sur ce billet sur le blog de la librairie numérique Immatériel.fr, qui donne le point de vue du détaillant, sur la question. Instructif.

Comments

  1. Bonsoir,

    j’ai le même problème. Livres achetés sur Mobipocket je souhaite les transférer en epub sur mon sony. Pouvez vous me dire comment faire pour supprimer les DRM de Mobipocket ?

    Merci bcp

  2. Je suis 100% d’accord, bravo pour cette belle présentation du problème !
    David, auteur de calibre2opds !

  3. Bonsoir,
    j’ai le même problème. Livres achetés sur Mobipocket je souhaite les transférer en epub sur mon sony. Pouvez vous me dire comment faire pour supprimer les DRM de Mobipocket ?
    Merci bcp

    Bonjour bmouilloud, je suis désolée, mais pour des raisons légales je ne peux pas vous donner d’instructions explicites ici. Mais petit conseil, pour ce genre de question, google est votre ami…

  4. Je suis 100% d’accord, bravo pour cette belle présentation du problème !
    David, auteur de calibre2opds !

    Merci beaucoup David ! C’est vrai que des outils comme calibre nous sont largement moins utiles pour des fichiers drm-isés !

  5. Bonjour,

    une autre raison acceptable est de vouloir améliorer la lisibilité d’un ebook en changeant la façon dont le texte est formaté.

    http://www.ragnrale.com/2010/02/bad-epub-formatting/

    Après avoir acheté un ebook et l’avoir transféré sur mon ereader je me suis rendu compte qu’il y avait deux grosses marges à gauche et à droite du texte. J’ai lu plusieurs chapitres du livre puis j’ai fini par m’y habituer. Mais hier j’ai pris un peu de temps et j’ai supprimé ou plutôt réduit ces marges…

  6. une autre raison acceptable est de vouloir améliorer la lisibilité d’un ebook en changeant la façon dont le texte est formaté.

    C’est vrai, et vu comme je suis maniaque pour mes livres j’aurais dû y penser. Je ne supporte pas de lire un texte mal (ou pas) mis en forme, c’est plus fort que moi. J’ai tendance à corriger aussi les coquilles lorsque j’en trouve… Ce qui est malheureusement assez courant, vu la prolifération d’ebooks qui ont visiblement était créés à partir d’un exemplaire papier scanné, passé par une reconnaissance optique des caractères, puis publié sans passer par la case relecture…

    Bon ça nous en fait déjà 7 si je compte bien.

  7. On peut aussi vouloir retirer les DRM par conviction, tout simplement.
    Mais le mieux, dans ce cas-là, est de NE JAMAIS acheté de livres empoisonnés… Le domaine public est suffisamment riche pour qu’on puisse passer toute sa vie sans jamais en sortir, profitons-en !

  8. On peut aussi vouloir retirer les DRM par conviction, tout simplement.
    Mais le mieux, dans ce cas-là, est de NE JAMAIS acheté de livres empoisonnés… Le domaine public est suffisamment riche pour qu’on puisse passer toute sa vie sans jamais en sortir, profitons-en !

    C’est pas faux non plus.

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